mardi 7 avril 2015

Rousseau et le café de la Régence



extrait des Chroniques et Légendes des rues de Paris d'Edouard Fournier – Paris 1864 – E.DENTU
 

Jean-Jacques Rousseau venait aussi à la Régence, mais moins pour y regarder que pour s’y faire voir. Quand il voulait produire un de ces grands effets de montre dont était si friande sa vanité bourrue, c’est là qu’on le voyait paraître. La foule le suivait, et alors, par une autre évolution d’amour-propre, il faisait l’effarouché et feignait de se dérober à la foule. L’ours genevois, bien qu’il n’eut rien d’une nymphe, imitait celles des églogues : il fuyait en ayant soin de regarder si on le voyait fuir, et se cupit ante videri (et espère être vu).
A l’époque où il eut l’étrange manie de s’habiller en Arménien, c’est-à-dire où, sous le prétexte de se mieux cacher, il se donna un déguisement qui le faisait mieux voir, sa présence au Café de la Régence fit véritablement émeute.
Il y vint tant de monde pour l’examiner sous son bonnet de fourrure et sa robe orientale, que M. de Sartine fut un jour obligé de faire mettre une sentinelle à la porte.

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