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mardi 7 avril 2015

le café de la Régence

Le café de la Régence près du Jardin parisien du Palais-Royal a été pour plusieurs générations de Français le temple des échecs.
On a pu y rencontrer des joueurs de très haut niveau comme Philidor, Deschapelles, La Bourdonnais … mais aussi des personnages de premier plan comme le général Bonaparte, Alfred de Musset, Maximilien de Robespierre….
Il est bien dommage que ce café ait disparu à l’instar de la plupart des cafés français où il était possible de trouver des adversaires pour  "pousser le bois" (1).
(1) Expression autrefois utilisée pour dire jouer aux échecs.

Rousseau et le café de la Régence



extrait des Chroniques et Légendes des rues de Paris d'Edouard Fournier – Paris 1864 – E.DENTU
 

Jean-Jacques Rousseau venait aussi à la Régence, mais moins pour y regarder que pour s’y faire voir. Quand il voulait produire un de ces grands effets de montre dont était si friande sa vanité bourrue, c’est là qu’on le voyait paraître. La foule le suivait, et alors, par une autre évolution d’amour-propre, il faisait l’effarouché et feignait de se dérober à la foule. L’ours genevois, bien qu’il n’eut rien d’une nymphe, imitait celles des églogues : il fuyait en ayant soin de regarder si on le voyait fuir, et se cupit ante videri (et espère être vu).
A l’époque où il eut l’étrange manie de s’habiller en Arménien, c’est-à-dire où, sous le prétexte de se mieux cacher, il se donna un déguisement qui le faisait mieux voir, sa présence au Café de la Régence fit véritablement émeute.
Il y vint tant de monde pour l’examiner sous son bonnet de fourrure et sa robe orientale, que M. de Sartine fut un jour obligé de faire mettre une sentinelle à la porte.

Diderot et le café de la Régence


Denis Diderot

L'essor des cafés au siècle des Lumières est lié à la naissance d'une opinion publique et d'un espace public. Si au XVIIe siècle, c'est plutôt dans les salons que l'on discute littérature et philosophie, les cafés de Paris prendront le relais au temps des Lumières. C'est là que mitonnent, puis bouillonnent les idées des philosophes.
Chaque café a sa clientèle. Elle est toujours plus distinguée que celle des cabarets plus populaires où l'on ne vient pas pour les idées mais pour se rafraîchir le gosier. Et pour s'encanailler. Tandis qu'au café, on trouve des journaux, des amis pour commenter les informations ou jouer une partie d'échecs. Ainsi, le café de la Régence place du Palais-Royal est un café célèbre qui accueille les plus grands joueurs d'échecs.
C'est au café de la Régence, que Diderot rencontre le héros de sa "Satire seconde", le célèbre Neveu. Diderot est un familier du lieu qu'il fréquente en même temps que Marmontel et Jean-Jacques Rousseau. Diderot nous indique que ce café créé en  1718 est tenu jusqu'en 1745 par un certain Rey.
"Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon habitude d'aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais-Royal. C'est moi qu'on voit toujours seul, rêvant sur le banc d'Argenson. Je m'entretiens avec moi-même de politique, d'amour, de goût ou de philosophie. J'abandonne mon esprit à tout son libertinage. Je le laisse maître de suivre la première idée sage ou folle qui se présente, comme on voit, dans l'allée de Foy, nos jeunes dissolus marcher sur les pas d'une courtisane à l'air éventé, au visage riant, à l'œil vif, au nez retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes et ne s'attachant à aucune. Mes pensées ce sont mes catins. Si le temps est trop froid, je me réfugie au café de la Régence ; là je m'amuse à voir jouer aux échecs. Paris est l'endroit du monde, et le café de la régence est l'endroit de paris où l'on joue le mieux à ce jeu. C'est chez Rey que font assaut Légal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot (...).
Un après-dîner j'étais là regardant beaucoup, parlant peu et écoutant le moins que je pouvais, lorsque je fus abordé par un des plus bizarres personnages de ce pays (...). "
source Paris Bistrot.com